FONTENAY LE COMTE

NOVEMBRE 2015

Un exposé entraîne l'autre: une rencontre unique.

Nous nous sommes parlés à maillezais, il m'ont invité à recommencer ma conférence dans le magnifique théâtre de Fontenay le Comte. J'ai découvert des artistes qui se partagent entre l'île de Ré et le Limousin. Pierre est plasticien, fils d'imprimeur fontenaisien, Annick aime les mots; ce couple au fonctionnement symbiotique produits des textes, des images et des sculptures qui nous invitent à réfléchir. D'un univers enfantin et coloré au premier regard, on s'épanouit dans un rêve rabelaisien aux multiples facettes.

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MAILLEZAIS

conferMaillezais2015

maillezaisConferAnnonce

Je dois remercier les amis de l'abbaye de m'avoir invité pour en savoir plus sur le cabotage probable de François Rabelais au milieu du pays des Îles.

 2016 conférence D'Estissac à Maillezais voir l'article précédent paru sur le bulletin des Amis de Rabelais

enfin pique-nique à la Dive avec les amis de l'abbaye de Maillezais

piqniq dive

 

LA DIVE

L'été 2015 des amis ont souhaité organiser une ballade contée. Nous y avons lu à deux voix ce texte de Rabelais dans la grotte de l'ermite, puis au cours de la ballade sur la Dive, un poème de Nicolas Rapin et deux magnifiques histoires contées par Anne-Marie avec des déplacements au son de la musique.

Mary 

L’ile de la Dive vient d’être reconnue cet été par l’université F.Rabelais de Tours comme le lieu réel du Temple de la Dive Bouteille. Partis en bateau de Maillezais pour aller à la Rochelle Bordeaux et Toulouse, à leur retour,  nos  héros accostent l’ile de la Dive et rencontrent l’ermite dans la grotte où nous sommes ce soir. Voici quelques extraits  du 5e livre de Rabelais

Jean marie

Continuant notre route nous aperçûmes une terre et notre pilote nous dit que c’était l’île Sonnante. Nous entendîmes le bruit lointain d’un tumulte incessant. Il nous semblait à l’entendre que c’étaient des cloches, grosses, petites et moyennes, qui sonnaient simultanément. Plus nous approchions, plus cette sonnerie s’amplifiait à nos oreilles. Écoutons. Approchant davantage, nous crûmes entendre, au milieu de la sonnerie perpétuelle des cloches, le chant infatigable des habitants de ce lieu. C’est pourquoi Pantagruel fut d’avis qu’avant d’aborder dans l’île sonnante nous descendions avec notre canot sur un petit roc près duquel nous reconnaissions un ermitage et une espèce de petit jardinet. Là nous trouvâmes un petit bonhomme d’ermite nommé Braguibus, natif de Glatigny, qui nous renseigna à fond sur toute la sonnerie et nous festoya d’étrange façon : il nous fit jeuner quatre jours de suite, affirmant qu’autrement nous ne serions pas reçus dans l’île sonnante.

Mary

Pantagruel reprend le bateau pour se rendre à st michel en l’herm. Là, il aborde les rochers d’huitres écaillées avant de rejoindre l’abbaye. Jean de Billy abbé de st michel en l’herm et de la Flotte en Ré a la réputation d’un grand chasseur et de souvent butiner ses chambrières. Il est caricaturé par Rabelais sous le nom de Abihen Camar ce qui signifie prêtre païen en hébreux et par anagramme Caïn abbé à herm. L’abbé de Maillezais à l’inverse est reconnu pour faire partie de  l’élite intellectuelle  du royaume.

Jean marie

Nos jeunes parachevés, l’ermite nous donna une lettre adressée à un homme qu’il nommait Abihen Camar, maitre de l’île sonnante. Aussitôt que les ancres furent jetées, et le vaisseau en sécurité, l’on descendit le canot. Après que le bon Pantagruel eut fait les prières et remercié le seigneur, il prit place avec toute sa compagnie dans le canot pour aller à terre ; ce qui lui fut fort aisé, car la mer était calme et les vents apaisés ; ils furent aux rochers en peu de temps. Comme ils avaient débarqué, Epistemon, qui admirait le site et l’étrangeté des rochers, remarqua quelques habitants du pays. Le premier à qui il s’adressa était homme d’assez bonne allure et qui, comme nous l’apprîmes par la suite avait nom Gagnebeaucoup. Epistemon lui demanda comment s’appelaient ces rochers et ces vallées si étranges. Gagnebeaucoup lui dit que ce pays de rochers s’appelait les cahiers, et qu’au delà des rochers, passant un petit gué, nous trouverions l’île des Inscients. Frère Jean demanda « vous autres gens de bien de quoi vivez vous ici ? Car je ne vois pas d’autres outils que parchemins buvards et plumes. « Aussi ne vivons-nous, répondit Gagnebeaucoup, que de cela » : car il faut que tous ceux qui ont affaire en l’ile passent entre nos mains. Par Dieu, dit Panurge, vous n’aurez de moi ni sou ni maille, mais je vous en prie, beau sire, menez nous à ces Ignorants, car nous venons du pays de savants, où je n’ai pas gagné grand-chose.

Mary

Enfin vous allez découvrir l’abbaye où l’on moissonne les impôts et le vin divin devient de l’or.

Jean marie

En devisant ils arrivèrent à l’île des Inscients, car l’eau fut bientôt franchie. Pantagruel admira beaucoup l’architecture de la demeure et habitation des gens du pays, car ils demeurent dans un grand pressoir. Il y en a de petits, de grands, de secrets, de moyens, et de toutes sortes. Vous passez par un grand péristyle où vous voyez tant de potences de grands larrons que cela vous fait peur. Sur le derrière, dans un petit pressoir, saucissons de milan, dindons, chapons, outardes, malvoisie et toutes bonnes nourritures étaient préparés et bien accommodés. Un petit bouteiller, voyant que frère Jean avait jeté une œillade amoureuse sur une bouteille qui était près d’un buffet, séparée de la troupe bouteillique, dit à Pantagruel : « Monsieur, je vois que l’un de vos gens fait des avances à cette bouteille ; je vous prie instamment qu’il n’y soit point touché, car c’est pour Messieurs. »

Gagnebeaucoup nous fit monter par un petit escalier dérobé, dans une pièce d’où il nous montra les Messieurs qui étaient dans le grand pressoir, où il n’était licite d’entrer sans leur congé, mais que, par ce petit goulet de fenêtre, nous les verrions bien sans qu’ils nous vissent. Vingt ou vingt cinq gros pendards étaient à l’entour d’un grand bureau tout revêtu de vert. Ils s’entreregardaient, ayant les mains longues comme jambe de grue et les ongles de deux pieds pour le moins : car il leur était défendu de ne les rogner jamais, de sorte qu’ils deviennent crochus comme gaffes. Sur l’heure fut amenée une grosse grappe de vignes du plan de l’extraordinaire qu’on vendange dans ce pays là.

Si tôt que la grappe fut là, ils la mirent au pressoir et il n‘y eut pas un grain dont chacun, n’exprima de l’huile d’or.

Si bien que la pauvre grappe fut remportée si sèche et si épluchée, qu’il n’y avait plus, le moins du monde, de jus ou de liquide. Voyez cette petite là qu’on s’en va remettre au pressoir, elle est du plan des décimes : ils en tirèrent déjà l’autre jour jusqu’à la dernière goutte ; mais l’huile sentait le coffre au prêtre et messieurs n’y trouvèrent pas beaucoup à grappiller.

« Vertu dieu, dit frère Jean, appelez vous ces gens là ignorants ? Ils tireraient de l’huile d’un mur. »

Aussi le font-ils dit Gagnebeaucoup, car souvent ils mettent au pressoir des châteaux, des parcs, des forets, et de tout, tirent l’or potable. Regardez dans ce jardin ; voila plus de mille plants, qui n’attendent que d’être pressurés : en voila du plan général, en voila du particulier, des fortifications, des emprunts, des dons, des casuels, des domaines, des menus plaisirs, des postes, des offrandes, de la maison. Enfin cette grosse, c’est de l’Epargne dit Gagnebeaucoup, c’est le meilleur plan de tout le pays.

 

Mary

Un simple rappel : Cette abbaye est dirigée par 25 moines nobles qui à ce titre sont appelés les Messieurs. Riche des vins et des sels de l’ile de ré, l’abbaye disposait en outre d’une relique de la sainte croix

 Jean marie

Quand ces messieurs furent levés, Pantagruel pria Gagnebeaucoup, qu’il nous menât dans ce grand pressoir. Aussitôt que nous fumes entrés, Epistemon, qui comprenait toutes les langues, se mit à montrer à Pantagruel les devises du pressoir, qui était grand, beau, fait à ce que nous dit Gagnebeaucoup, du bois de la croix.

 Mais pourquoi, mon ami, appelle t on ces gens là ignorants ? Parce que, dit Gagnebeaucoup, ils ne sont ni ne doivent en aucun cas être savants, et que tout doit se manipuler par ignorance, et il ne doit pas y avoir d’autre raison que :

Messieurs l’ont dit, Messieurs le veulent, Messieurs l’ont ordonné.

 

L'été 2016 les ballades contées continuent avec plus de monde encore ! 

balladeContée

-Nous sommes heureux de vous accueillir sur cette ile divine comme son nom l’indique.

_Elle se trouve au confluent de deux fleuves qu’on appelle ici rivière de Marans pour la Sèvre Niortaise et rivière de St  Benoit pour le Lay. Devant vous la Rochelle et sa célèbre lanterne, le pont de Bouygues et l’ile de Ré. A l’est Charron et ses moules, à l’ouest l’aiguillon et ses moules et en face les bouchots à moules. Tout autour une mer de blé dur maintenant coupé, c’est le royaume du grand seigneur  Barilla. Derrière vous au delà de la butte, une autre butte célèbre, la Buttes d’huitres de Saint Michel en l’herm.

-Vous savez que ces coquilles ont été jetées pendant 4 siècles car on draguait et on mangeait des huitres les jours maigres, sans toutefois consommer les coquilles, comme maintenant. Les chrétiens avaient le droit de consommer en carême, tout ce qui vit dans l’eau et qui ne parle pas, c'est-à-dire de la baleine, du canard, de la loutre, des coquillages, des huitres, des anguilles, des civelles, du caviar, des anchois, des sardines, du casseron, des dauphins, des marsouins, des crevettes, des soles, des moules, des loubines, du homard, des esturgeons, des escargots, des grenouilles, du saumon et des mulets bien sur. Vous allez me demander, comme tous les touristes, de citer un animal qui vit dans l’eau et qui parle. La réponse est évidente : la sirène. D’ailleurs personne n’a jamais osé manger de sirène en carême.

_Le château d’eau à votre gauche est celui d’Esnandes dont le seigneur en 1524 était Gaucher de Ste Marthe immortalisé sous le nom de Picrochole dans le Gargantua de Rabelais.

-Je ne vais pas être le dernier à vous citer Gargantua ce soir.

Sachez que Rabelais et Pantagruel sont venus ici consulter l’oracle de la Dive Bouteille.

_Avant d’être bénédictin écrivain poète médecin éditeur espion, Rabelais était cordelier à Fontenay le comte au couvent du puy st martin.

-Peut être savez vous, que les cordeliers doivent gagner leur pain quotidien, en prêchant dans les campagnes, parfois très reculées comme ici.

_On s’en moquait en les traitant de farfadets, du nom des petits lutins qu’on croise dans les mizottes.

-Ainsi notre bon Rabelais était venu porter la parole divine autour de la riche abbaye de st Michel au débouché du Lay qui est aussi celui de la Sèvre. Il avait échoué sur ce petit roc ou l’aimable ermite Braguibus l’avait accueilli.

_Le fermier de la Dive était occupé aux vignes pendant que madame préparait la cuisine.

R-Que faites vous cuire ma bonne dame sur cette broche ?

_C’est un marcassin que mon mari a tué hier, et que j’accommode pour demain.

R-J’y gouterais bien, le fumet qui me vient aux narines aiguise mon appétit

_Point du tout beau moine c’est vendredi, vous n’y toucherez pas

R-Un moine cordelier est parfois obligé de transgresser les règles pour ne point mourir de faim

_J’ai surtout constaté que les farfadets vivent au crochet de la population, pauvres ou riches.

R-Dites moi, votre marcassin est bien fils de laie

_J’en conviens mon frère

R- Le peuple des poissons qui vit dans l’eau est autorisé comme nourriture en carême

_J’en convient toujours mais ou voulez vous en venir

R-Si ce cochon de lait est fils de laie il est donc comme le poisson, issu du Lay,

vous pouvez par conséquent ma chère m’offrir un peu de sa chair sans commettre le péché.

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